1930: UN TOURNOI PRESTIGIEUX

1930: UN TOURNOI PRESTIGIEUX


Fred Greiner ne reste président qu’une saison, le temps d’une victoire en Coupe. Fernand Lilla lui succède, également pendant une seule saison avant de laisser la place à Paul Addor qui reste de 1929 à 1931 puis à Edouard Fulliquet, en place jusqu’en 1933. Certains de ces hommes marquent l’histoire du club de manière tangible. Paul Addor, homme énergique décide de doter Servette d’un nouveau stade. Les obstacles d’ordre administratif (tiens, tiens, déjà !), sont pourtant nombreux. 

Addor et son comité parviennent pourtant à les résoudre. Pour sa première saison à la présidence,Paul Addor a par ailleurs la satisfaction de fêter un titre magnifique et un brin chanceux. Cette année, l’ASF prend la décision de qualifier les deux premiers pour les finales. Or, Servette part très mal sous la direction du major Frido Barthet il faut le rappel de Duckworth pour redresser la barre. Pourtant, Servette ne prend le second rang que lors de l’ultime journée, profitant d’une défaillance d’UGS.


Les finales sont mémorable, les « grenat » remportant leurs quatre matches : 4-2 contre Young-Boys le 11 mai 1930 au Parc des Sports, 1-0 face à Grasshopper huit jours plus tard toujours au Parc des Sports, 3-1 le 25 mai à Lugano et 3-0 aux dépens de Bâle, le 1er juin au Landhof. Cette année, le club organise un concours technique pour les jeunes. Chez les cadets, victoire de Genia Walaschek alors que Jean Campana se montre le meilleur en catégorie B et Serverino Minellis’impose en catégorie A. Celui-ci, venant de Küssnacht, s’était présenté au stade quelques jours auparavant et le concierge avait eu la bonne idée de le diriger vers le capitaine Gusti Geser qui parlait allemand. Walaschek, Campana- admirable détecteur de talents- Minelli : c’est une bonne tranche de l’histoire du football.


Addor atteint un autre but en 1930 avec l’inauguration du nouveau stade, marquée par l’organisation d’un grand tournoi international et réunissant par moins de dix champions nationaux en titre : SV Furth (Allemagne), First Vienna (Autriche),RCS Brugeois (Belgique), Real Irun (Espagne), Sète (France), Bologne (Italie), Goahead (Hollande), Ujpest (Hongrie)Slavia (Tchécoslovaquie et bien sûr Servette.


C’est le 28 juin que M.Gustave Hentsch de la société Immobilière du Servette remet le stade au club et le tournoi se déroule pendant huit jours pour voir finalement First Vienna battre Servette 5-1 pour le 3ème place et Ujpest se défaire de Slavia par 3-0 dans la finale. La saison suivante est très importante pour le football suisse ; l’ASFA supprime l’article des statuts ne reconnaissant que les joueurs de football et c’est donc l’apparition du professionnalisme et les débuts de graves problèmes financiers pour bien des clubs.
 
En 1931, Paul Addor remet son mandat et le nouveau président est Edouard Fulliquet. Celui-ci fait venir un joueur qui va prendre une immense place dans l’histoire du Servette et même du football suisse : un certain Karl Rappan. Venu de Vienne, Karl qui évolue au milieu du terrain, devient rapidement un excellent partenaire pour l’attaquant Passello. En1931, c’est Grasshopper qui est champion et l’année suivante le titre revient au Lausanne-Sports, alors que Servette échappe de peu à la relégation.

Du coup, son comité, toujours présidé par Edouard Fulliquet, se décide à rebâtir une bonne équipe et cet engagement est récompensé par la reconquête du titre, au terme de la saison 1932-1933. Ce n’est qu’après un match d’appui avec les Grasshoppers, le 2 juillet à Berne, au Neufeld, que les « grenats » peuvent fêter leur 7ème titre. Ils l’emportent 3-2 grâce à deux buts d’Amado et un de l’Autrichien Tax. International de basketball, Doddy Guinchard qui revêtira également le maillot de l’équipe nationale de football à douze reprises, s’avère comme l’un des jeunes les plus prometteurs. Venu comme meneur de jeu, l’entraîneur-joueur Karl Rappan a reculé en défense et joue le verrouilleur.

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

1933: LA NOUVELLE FORMULE

1933: LA NOUVELLE FORMULE

C’est au début du championnat 1933-1934 que l’on applique la nouvelle formule. Les groupes régionaux (deux ou trois jusqu’ici) sont remplacés par une Ligue nationale ne comptant qu’un seul groupe de 16 équipes puis 14 dès 1934-1935. Les délégués de l’ASFA adoptent également un règlement pour les joueurs professionnels. La surenchère est de mise un peu partout et comme les recettes sont insuffisantes, c’est le mécénat qui prévaut. Cette situation provoque quelques mécomptes chez certains dirigeants recherchant leur propre publicité mais le payant par des faillites, des concordats, ainsi que quelques arrestations. Le président servettien est maintenant Maurice Herren et le local du club passe du cercle du Servette à la Place des Bergues à l’Hôtel Elite. La nouvelle formule semble convenir aux Servettiens. Ils réalisent une brillante saison, gagnant le titre et étant finalistes de la coupe. 

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

1934: ENNUIS FINANCIERS

1934: ENNUIS FINANCIERS


Cette brillante saison 1933-1934 n’empêche pas le club d’accumuler les dettes. Il vit au-dessus de ses moyens et il faut même créer une commission financière pour assurer la gestion du club. Ne pouvant faire face à ses engagements la société immobilière est mise en faillite, les joueurs ne sont pas régulièrement payés.


Le président et le comité démissionnent, les anciens reviennent pour sauver le club. Ce sont Gabriel Bonnet, Gustave Bétemps, Fernand Lila, Fred Greiner,Edmond Emery, Gustave Hentsch. Gustave Bétemps est porté à la présidence pour la saison 1935 à 1936 puis Fred Greiner reprendra le flambeau pendant 10 ans. En 1934, la dette atteint la somme astronomique pour l’époque de 230’000 francs. Grâce à l’appui de MM.Hentsch, la commission de gestion permet à Servette de se sortir d’une situation qui mit son existence en danger. Sportivement, Rappan et la plupart des joueurs restent fidèles et l’équipe rate son 3ème titre consécutif d’un petit point.


En 1935-1936, le nombre des clubs de la Ligue nationale est réduit à 14 puis à 12 deux ans plus tard. Le maintien n’est plus évident. Mais Servette se classe deux fois septième, une fois sixième puis quatrième, tout en étant deux fois finaliste malheureux de la coupe en 1936 (0-2 devant les Young-Fellows) et en 1938 (2-2 avec Grasshopper puis 1-5). L’un des événements de la saison 1937-1938 est constitué par le transfert de Trello Abegglen (Sochaux) qui arrive comme le joueur-entraîneur. Rappelons aussi que cinq Servettiens sont convoqués avec l’équipe nationale pour la Coupe du Monde qui se déroule en France : Trello Abegglen,, Georges Aeby, Ernest Loertscher, Genia Walaschek et Dody Guinchard. Leurs matches contre l’Allemagne (1-1 puis 4-2) font partie des plus grands exploits de l’histoire du football suisse.

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

1940: LE TITRE POUR LE CINQUANTENAIRE

1940: LE TITRE POUR LE CINQUANTENAIRE


En 1939-1940, on passe au championnat à 14 équipes. Il se déroule malgré la mobilisation générale. L’année de son cinquantenaire, Servette triomphe avec 13 points d’avance sur Granges, 41 points en 22 matches. Trello Abegglen et ses joueurs ne sont jamais inquiétés par les Grasshopper de Karl Rappan qui a changé de camps en 1935. Cette remarquable équipe de 1940, apportant à Servette son 9ème titre.


Les prochaines saison sont plus difficiles : 3ème en 1941, 3ème en 1942, 6ème en 1943, 2ème en 1944, 9ème en 1945. Entraînée par Trello Abegglen de 1938 à 1942, l’équipe est reprise par Léo Wionsowski pour la saison 1942-1943. Puis arrive Fernand Jaccard qui va entraîner Servette de 1943 à 1948, soit jusqu’au retour de Karl Rappan. C’est dès le championnat 1944-1945 que les clubs de Ligue nationale sont répartis en deux groupes de quatorze équipes. Cette saison est également celle des grands débuts en Ligue Nationale de Jacky Fatton.


Servette doit attendre la saison 1945-1946 pour conquérir à nouveau le titre, son 10ème, ceci avec un effectif très proche de celui qui n’avait terminé que neuvième douze mois plus tôt. Ce titre est acquis grâce à la pratique d’un football de mouvement. C’est la naissance du « tourbillon ». Jacques Ducret, dans sa chronique des Charmilles, cite le démarage deTamini, l’abattage de Facchinetti, la robustesse de Belli et le dribble de Pasteur.


Cette même année, la société immobilière du Servette vend à la société Tavaro le petit terrain se trouvant derrière les gradins principaux, se séparant ainsi du terrain d’entrainements et des courts de tennis.

Grâce à cette opération, la Société immobilière peut éponger ses dettes et surtout acheter 36’000 m2 de terrain à Balexert. André Rosset succède à Fred Greiner à la présidence. Grâce à son efficacité et à celle de son comité, Servette peut tout à la fois assainir sa situation financière, remettre en état le gazon du Parc des Sports et améliorer les installations du stade. Les grand dirigeants que sont les Rosset, Piazzalunga, Moreau ou encore Faller et Dumonthay permettent de réaliser des gradins en escalier sur le talus côté Tavaro puis sur le talus côté voie de chemin de fer et de porter la capacité du stade à 30’000 places.

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

1947: 21 ANS D’ATTENTE

1947: 21 ANS D’ATTENTE


Fernand Jaccard quitte son poste d’entraîneur en 1947 et au début de 1948, c’est le grand retour à Genève de Karl Rappan, engagé comme directeur technique. Il se sépare de son gardien Tony Ruesch avec lequel il a eu un différend lors d’un match international (Suède-Suisse 7-2 en 1946 à Stockholm) et fait appel à l’Ugéiste Edmond Bussy. L’équipe ne se distingue pas dans ce championnat 1948-1949 (4ème place) mais brille en Coupe. Le lundi de Pâques au Wankdorf, elle gagne la finale en étrillant Grasshopper 3-0 grâce à deux buts de Fatton et un de Tamini. Mouthon qui neutralise Bickel tient un rôle peut-être déterminant. Il y avait 21 ans que la Coupe n’était plus revenue à Genève. L’année suivante, Servette célèbre son 60ème anniversaire en remportant son 11ème titre.


Edouard F.Filliol, alors journaliste sportif à « La Suisse » mais aussi joueur de football et de hockey sur glace au Servette avant de devenir secrétaire générale du club grenat, notre dans la plaquette consacrée à ce 60ème anniversaire : « Les joueurs de 1950 ont été les dignes successeurs de leurs prédécesseurs et ont bataillé avec ardeur pour que ce 60ème anniversaire soit marqué par l’obtention du titre national».

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990

1959: DE RAPPAN A SNELLA

1959: DE RAPPAN A SNELLA


Après le titre marquant le soixantième anniversaire, la diète préside aux années cinquante. Une triste décennie au cours de laquelle plus aucun titre ni aucune coupe ne viennent enrichir le palmarès des « grenat ». De Rappan à Snella qui arrive en1959, les entraîneurs se succèdent sans connaitre le succès, puisque Servette est 4ème en 1951, 6ème en 1952 et 3ème en 1953 avec Rappan, 4ème avec Châtelain en 1954, 6ème à nouveau avec Rappan en 1955, 6ème avec le tandemRappan-Brinek en 1956, 4ème en 1957 avec Rappan seul, 9ème en 1958 avec Vincze, 9ème en 1959 avec Séchehayeenfin 7ème en 1960 pour la première saison de Jean Snella.


C’est peut-être en 1953 que Servette parait le plus apte à reconquérir le titre, mais il est accablé par les blessures. En1955, création à Paris de la Coupe d’Europe. Le futur (et multiple) vainqueur Real Madrid dispute son premier match aux Charmilles et gagne 2-0 avant de s’imposer 5-0 au retour.


L’année suivante, ce sont les événements de Hongrie. En tournée avec l’équipe nationale juniors, six jeunes magyars restent en Suisse. Rappan les accueillent au Servette. Ce sont Pazmandy, Makay, Nemeth, Keresztes, Varhidi et Geley. Le 13 avril 1958, Lulu Pasteur dispute son dernier match sous les couleurs du Servette, le tandem qu’il a formé avecJacky Fatton laisse un souvenir inoubliable au moment où l’ère servettienne de Karl Rappan se termine. Marcel Righi, successeur de Clément Piazzalunga, réussit certainement un fameux coup à l’orée de la saison 1959-1960 lorsqu’il engage Jean Snella. Celui-ci ne peut toutefois obtenir mieux que la septième place pour sa première saison à Genève.

Les Young-Boys de Sing sont encore trop fort, ils fêtent leur 4ème titre d’affilée.
Snella jette toutefois les bases d’une équipe qui va réussir un magnifique doublé en 1961 et 1962. L’entraîneur français obtient un parfait amalgame entre certains anciens ou routiniers comme Jacky Fatton et Charly Kunz ou Steffanina, et des jeunes comme les Hongrois Nemeth, Makay et Pazmandy ou encore Desbiolles (venu de Meinier), Bosson(Carouge), Barlie (UGS), Meylan, Roesch, Georgy (Sion), Heuri (Moutier).

C’est ainsi qu’en 1960-1961, Servette remporte son 12ème titre national. Le parcours de cette équipe est étonnant : elle totalise 46 points pour 26 matches, avec 77 buts inscrits contre 29 encaissés. L’efficacité de l’attaque est reflétée par la manière dont les buts sont répartis : Heuri16 buts, Fatton 14, Bosson 13, Georgy 10, etc.


La formation parvenant au doublé l’année suivante, subit deux changements d’importance : désireux de réaliser une bonne campagne européenne, Jean Snella obtient l’engagement de Rolf Wütricht et de Giulio Robiani. L’arrivvée de ces renforts n’empêche pas Jacky Fatton d’être le roi des buteurs du championnat avec 25 réussites. Outre le titre, le souvenir le plus marquant de cette saison est certainement constitué par le match de coupe d’Europe des champions Servette-Dukla Prague. Devant 26’000 spectateurs, menés 3-1 à la trentième minute, les « grenat » égalisent par Robbianià six minutes de la fin puis prennent l’avantage par Fatton (4-3) cent-vingt secondes avant le coup de sifflet final. Cet exploit est malheureusement vain. Quinze jours plus tard les Genevois sont battus 2-0 à Prague.

Rédigé par: Jacques Ducret, hors-ligne, 1990